Encore un petit mot sur la grippe aviaire. Tandis que
des laboratoires s'échinent à développer un vaccin et que le tamiflu
demeure le seul médicament, bien qu'imparfait, des experts réfléchissent
déjà l'après-tamiflu... et le voient dans leur soupe.
C’est que dans l’hypothèse d’une pandémie, des millions de personnes
prendraient soudaion ce médicament. Or, comme tout médicament, une partie,
après avoir été ingérée par votre organisme, se retrouve dans votre urine,
dans les toilettes, puis dans les rivières. Selon une équipe britannique,
c’est même l’essentiel du tamiflu (80%) qui se retrouverait ainsi dans
les rivières, augmentant ainsi le risque... que les oiseaux qui y boivent
développent plus vite une version de la grippe aviaire résistante au tamiflu.
En soi, le processus est connu: c'est la façon dont, génération après génération, des infections développent une résistance, depuis la nuit des temps. Plus un médicament est utilisé, et plus le petit nombre de micro-organismes qui, par une quelconque mutation, résiste à ce médicament, se transforme en un grand nombre. Les fabricants d'antibiotiques font face à cette crise croissante depuis plus d'une décennie.
Connaissant ce processus, Andrew Singer et ses collègues du Centre d'écologie
et d'hydrologie à Oxford, Angleterre, ont donc tenté d'estimer comment
cette résistance se développerait autour des lacs et rivières de Grande-Bretagne
et d'ailleurs (une douzaine de pays ont entreposé plus de 3 milliards
de doses de tamiflu). Et ce qu'ils ont découvert, paru dans Environmental
Health Perspectives, c'est ce que les experts en infections craignaient:
chez les canards qui avaient bu de l'eau "contaminée" au tamiflu, la concentration
du médicament était suffisante pour, en théorie, bloquer la division du
virus -donnant du coup aux versions "résistantes" du virus un avantage
sélectif.